Dans le débat sur les infrastructures critiques, on évoque souvent les réglementations, les investissements, les mesures de protection physique et les technologies. La résilience, en revanche, est beaucoup moins souvent considérée comme une capacité organisationnelle globale qui doit intégrer la continuité des opérations, la gestion des crises, la reprise après sinistre, la formation et la gouvernance.
Un cas récent, mis en évidence par DRI International, va précisément dans ce sens.
En mars 2026, Motiva, le principal opérateur brésilien dans le secteur des infrastructures de mobilité, a reçu pas moins de trois distinctions : le DRI International Resilient Enterprise Award, la certification ISO 22301 pour son système de gestion de la continuité des activités et la certification REAP (Resilient Enterprise Assessment Program) décernée par DRI International.
Ce cas est particulièrement intéressant, car Motiva opère dans un secteur où la continuité ne concerne pas seulement le fonctionnement de l’organisation, mais aussi, directement, la capacité à garantir des services essentiels au grand public. Le groupe gère des infrastructures de mobilité, notamment des autoroutes, des voies ferrées et des aéroports, et a mis en place un système de résilience transversal qui va au-delà de la simple continuité informatique ou de la protection des installations individuelles.
Selon le DRI, le processus d’évaluation a porté sur les domaines suivants : organisation et gouvernance, planification et évaluation, mise à l’épreuve et mise à jour des plans, gestion des crises et communication, formation et sensibilisation, ainsi que réaction aux situations d’urgence et aux incidents.
Il s’agit d’une approche intéressante, car elle reflète bien la transformation que connaît actuellement le monde des infrastructures critiques. La résilience ne peut plus être considérée comme la simple disponibilité technique d’une installation, mais doit englober la capacité de l’ensemble de l’organisation à continuer de fournir le service même lorsqu’une partie du système est compromise.
De l’installation individuelle à la résilience de l’ensemble du service
Le cas Motiva revêt une importance particulière pour une autre raison également. L’entreprise a choisi de mettre en œuvre son programme de résilience de manière globale, en couvrant ses différentes plateformes opérationnelles sans se limiter à certains domaines technologiques ou financiers. DRI souligne précisément cette approche de bout en bout comme l’un des éléments caractéristiques du programme.
Il s’agit là d’une distinction importante. Au sein d’une organisation chargée des infrastructures, il ne suffit pas de protéger chaque installation prise individuellement si l’on ne comprend pas en quoi celles-ci contribuent au service global. Un réseau ferroviaire peut certes disposer de systèmes techniquement redondants, mais il reste néanmoins dépendant de l’approvisionnement énergétique, des télécommunications, de la disponibilité du personnel, des systèmes de contrôle et des fournisseurs externes. Il en va de même pour les aéroports et les autoroutes.
L’accent est donc mis sur la capacité à gérer ces dépendances et à maintenir le service même en cas de défaillance de l’une d’entre elles.
Résilience climatique et infrastructures
Un autre élément intéressant concerne le risque climatique.
Dès 2024, Motiva avait lancé une stratégie spécifique en matière de résilience climatique et intégré le changement climatique dans sa stratégie d’entreprise et dans la gestion de ses installations. Ce programme comprend l’identification des risques, l’évaluation des répercussions économiques liées aux événements climatiques et l’utilisation d’informations météorologiques et climatologiques pour soutenir la gestion opérationnelle des infrastructures.
Cette approche montre à quel point la résilience, les risques climatiques et la gestion des infrastructures sont de plus en plus étroitement liés. Une infrastructure ne peut être considérée comme résiliente simplement parce qu’elle dispose de procédures d’urgence. Elle doit être planifiée, gérée et entretenue en tenant compte de scénarios qui évoluent au fil du temps et qui peuvent mettre à rude épreuve des installations initialement conçues pour des conditions différentes.
Ce qui préoccupe aujourd’hui la communauté DRI
Le lien avec la question des infrastructures ressort clairement également du rapport « Global Risk and Resilience Trends Report 2025 » de DRI International, qui s’appuie sur les évaluations de plus de 300 experts en résilience.
Parmi les dix principaux problèmes de résilience opérationnelle identifiés par la communauté DRI, les coupures de courant occupent la sixième place, les catastrophes naturelles la quatrième et les accidents graves survenant dans les installations la dixième. Les incidents informatiques et les pannes des systèmes informatiques occupent quant à eux respectivement la première et la deuxième place.
Le tableau qui se dessine s’inscrit dans la lignée de l’évolution des infrastructures modernes. Les risques physiques et numériques ne peuvent plus être considérés séparément, car une perturbation des infrastructures peut rapidement se propager aux systèmes technologiques, aux chaînes d’approvisionnement et aux services d’importance systémique.
La résilience, une capacité qui peut être démontrée
L’affaire Motiva soulève enfin une question qui concerne directement les experts en continuité des activités : comment démontrer qu’une organisation est réellement résiliente ?
Il ne suffit pas de disposer de procédures et de plans. Cette capacité doit être organisée, maintenue, testée et vérifiée. La combinaison de la norme ISO 22301 et du programme REAP de DRI vise précisément à évaluer le niveau de maturité global du système, en tenant compte non seulement de la documentation, mais aussi de la gouvernance, des exercices, de la gestion des crises et des capacités de reprise.
Dans le cas des infrastructures critiques, cette étape revêt une importance particulière, car le coût d’une défaillance ne se limite pas à l’organisation. Il peut avoir des répercussions sur les utilisateurs, les entreprises, les régions et d’autres infrastructures qui dépendent de ce service.
Le message qui ressort du cas présenté par DRI est donc très simple : la résilience des infrastructures ne doit pas dépendre exclusivement de la robustesse des installations. Elle doit devenir une capacité organisationnelle mesurable et vérifiable, qui relie entre elles la continuité opérationnelle, la gestion des crises, la reprise après sinistre et la gestion des dépendances.
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